Ce n’est plus la majorité contre l’opposition. C’est tout simplement devenu « Tom and Jerry », ce célèbre chat et cette fameuse souris héros d’une tout aussi célèbre série d’animation qui fait le bonheur des petits et même des grands.

Cette illustration, nous l’avions utilisée au plus fort de la crise sur l’article 37 au Burkina, quand les marches et contremarches succédaient aux manifs et autres contre-manifs jusqu’à ce qu’on aboutisse aux courses-poursuites qui ont débouché sur ce qu’on sait. C’est le cas aujourd’hui au Togo, où depuis plusieurs mois il ne se passe plus une semaine sans que les opposants battent le pavé, quand ils ne sont d’ailleurs pas eux-mêmes battus par les services de sécurité comme ce fut de nouveau le cas hier, où les tentatives de regroupement ont été dispersées manu militari à Lomé et Sokodé. Une chaude journée deux jours après l’arrestation à Sokodé d’un imam jugé proche de l’opposition et qui a donné lieu à des poussées de colère et à des heurts violents. Il faut dire qu’en décidant de braver l’interdiction de manifester en semaine et en maintenant l’appel à la mobilisation de ce mercredi, les croquants de Lomé et de Sokodé savaient à quoi ils s’exposaient et ne devaient pas être surpris outre mesure du comité d’accueil qui leur avait été expédié.

D’un côté, des miliciens cagoulés, gourdins en main, opposés à la marche et prétendant protéger les institutions. D’autres à bord de véhicules sans immatriculation roulant à tombeau ouvert dans les quartiers pour disperser les rassemblements. De l’autre, les croquants qui dressent des barricades, brûlent des pneus. Entre les deux, l’atmosphère était suffisamment délétère pour que les boutiques de Lomé baissent le rideau, donnant au visiteur le sentiment d’une capitale morte.

Combien y a-t-il eu de morts au cours de cette journée houleuse ? Un… deux… peut-être plus… qu’importe, car au finish les corps qui s’amoncellent depuis le début des échauffourées représentent autant d’obstacles à une résolution pacifique de la crise.

Comment, en effet, concilier des positions aussi tranchées entre une majorité présidentielle dont les réformes institutionnelles n’ont en réalité d’autre objectif que de permettre au président Faure Gnassingbé de remettre son compteur à zéro à l’issue de son actuel mandat ; et ses contempteurs qui ne réclament plus rien d’autre que le retour à la Constitution de 1992 si ce n’est le départ pur et simple de l’héritier de la dynastie  au pouvoir depuis 50 ans ?


On est donc en train d’entrer dans un cycle de violence-répression dont nul ne sait sur quoi il va déboucher.

 

Marie Ouédraogo

Observateur