La crise politique togolaise continue son bonhomme de chemin. Mais l’on tend inexorablement vers la tenue d’un dialogue, le nième de l’histoire démocratique du Togo. Le décor est suffisamment planté pour des discussions entre le pouvoir Faure Gnassingbé qui joue au dur à cuire et l’opposition.

Une délégation de la coalition CAP 2015 – Groupe des 6 – PNP – CAR – Santé du Peuple devrait même rencontrer hier une mission de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), en vue d’une décrispation. Mais la mission aux dernières nouvelles n’a pas fait le déplacement de Lomé. Qu’à cela ne tienne, le maitre mot du côté de l’opposition dans ce processus de dialogue devra être la vigilance, au vu des leçons du passé.

Dialogue imminent

Cette semaine débutante ne va sûrement pas connaitre de manifestations de rues, contrairement à ce que souhaiteraient certains qui voudraient voir maintenir la pression sur Faure Gnassingbé qui est en bien mauvaise posture. Les choses semblent évoluer et tendent vers un dialogue formel en vue de la résolution de la crise qui prend des proportions inquiétantes, avec la banalisation de la violence par le régime RPT/UNIR.

Les voix s’élèvent de par le monde pour inviter à l’apaisement. Les ambassadeurs accrédités au Togo, muets depuis le début de la crise, en ont appelé vendredi passé à un dialogue pacifique. Même son de cloche chez le Secrétaire Général de l’ONU, Antonio Guterres qui a tenu un langage de vérité à Komi Sélom Klassou, lors de leurs échanges en marge du sommet de l’ONU à New York. L’OIF n’est pas en reste, elle entend dépêcher une mission à Lomé pour rencontrer la classe politique.

Au niveau du pouvoir de Lomé, on semble disposé à dialoguer, si l’on en croit les propos de l’inénarrable président du Groupe parlementaire RPT/UNIR Christophe Tchao. C’est un tant soit peu manifeste aussi dans les déclarations des porte-voix du pouvoir. Bien que le parti au pouvoir ait foncé tête baissée et voté le projet de révision constitutionnelle inique et s’entendait organiser un référendum pour tout conclure, il fait visiblement un rétropédalage.

Les évêques, par leur déclaration du 17 septembre dernier, ont déjà montré la voie à suivre. Dans la perspective du dialogue imminent, l’Eglise est prête à jouer la médiation, si elle est requise. C’est ce que l’archevêque de Lomé, Mgr Dénis Amuzu-Dzakpah a déclaré, dans une interview accordée au journal catholique La Croix.

Eviter le piège de l’APG

Faure Gnassingbé est dans de beaux draps. Ce que demande le peuple togolais est plus que légitime. Au-delà du retour à la Constitution de 1992, du  vote de la diaspora, etc., c’est l’effectivité de l’alternance au pouvoir que veulent les populations ; et dans cette voie, elles bénéficient de soutiens de par le monde, au contraire de Faure Gnassingbé qui ne saurait s’en prévaloir, dans sa croisade actuelle contre le peuple.

Sur le plan interne, il n’a réellement que la minorité pilleuse, les « sécurocrates » et quelques galonnés de l’armée qui luttent en fait pour protéger leurs intérêts. Même du côté des militants, le pouvoir est obligé d’en recruter (sic), avec des billets de 5000, 2000 ou 1000 FCFA, pour pouvoir tenir des marches et répondre à l’opposition. A l’international, le Prince aura réussi, par sa mauvaise foi, à désoler bien de ses pairs africains qui avaient mis en gage leur notoriété et parié qu’il allait mettre en œuvre les réformes réclamées par l’opposition, et personne ne vole à son secours. Les anciens présidents Olusegun Obasanjo et Jerry Rawlings n’ont pas hésité, eux, à lui demander clairement d’écouter son peuple et de vider le plancher. Dans les rangs des décideurs mondiaux, personne ne le suit dans sa voie suicidaire. La sortie du Secrétaire Général de l’ONU n’en est que l’illustration ultime. Difficile dans ces conditions pour Faure Gnassingbé de s’en sortir. Les circonstances étaient pareilles en 2006 ; mais il a réussi à gruger tout le monde à la fin.

En effet, la situation lui était aussi défavorable à l’époque. Suite à sa montée sanglante au pouvoir en avril 2005, avec son cortège de morts, l’atmosphère politique était lourde et il lui était impossible de gouverner. C’est alors que la communauté internationale, les représentants de l’Union Européenne et de la CEDEAO en tête, le persuada d’organiser des pourparlers avec son opposition. Il fit l’agneau, organisa ces discussions qui aboutirent à la signature le 20 août 2006 de l’APG, qui était une source de légitimité manquante à lui accordée par l’opposition. Mais lorsque le Prince a assis son pouvoir et repris du poil de la bête, il a nargué tout le monde. Il se moquait des appels de l’opposition, de la société civile, des hommes de Dieu, des ambassadeurs occidentaux, de ses pairs africains…Et la résultante est la situation présente. La coalition de l’opposition devra donc garder un œil sur ce passé lourd,  éviter de tomber à nouveau dans le piège et se faire gruger à la fin.

Du respect de l’accord éventuel

Avec le pouvoir monarchique en place, une chose est de discuter et conclure avec un accord bien ficelé et aux engagements clairs, une autre de les respecter. Sincérité, respect de sa parole, voilà le tendon d’Achille de Faure Gnassingbé. L’illustration majeure est sans doute le sort réservé à l’Accord politique global (APG), notamment les recommandations sur la mise en œuvre des réformes constitutionnelles et institutionnelles.

En effet, Faure Gnassingbé aurait vraiment le sens du respect pour la parole donnée que le peuple ne se serait pas levé, onze (11) ans après l’APG, pour réclamer le retour pur et simple à la Constitution de 1992 et on n’en sera pas là aujourd’hui, à compter les morts et les blessés. Bien plus, lui et son parti se sont employés depuis le 20 août 2006 à entraver la mise en œuvre de ces réformes : rejet le 30 juin 2014 du projet du gouvernement par les députés RPT/UNIR, étouffement des deux propositions de l’opposition parlementaire, refus en mai 2015 de signer le protocole de la CEDEAO portant sur l’harmonisation des mandats présidentiels à deux…

Avec les discussions imminentes annoncées, on en serait au nième dialogue entre le régime cinquantenaire RPT/UNIR et l’opposition. Mais les accords conclus n’ont jamais été respectés par les tenants du pouvoir. Celui-ci serait-il le bon ? La question reste posée.

S’il y a une constante, c’est que Faure Gnassingbé n’est pas repu par les douze (12) ans de jouissance du pouvoir et veut s’y accrocher, « adviendra que pourra ». Et depuis le début de la crise actuelle, l’homme n’a pas « ouvert sa bouche », ne serait-ce que pour appeler à l’apaisement. En l’absence d’un discours officiel, difficile de savoir si ses intentions ont évolué ou pas. Pendant que le pouvoir se dit ouvert à un dialogue, il continue malheureusement de poser en sourdine des actes s’inscrivant dans l’organisation d’un référendum déjà verrouillé… La vigilance devra donc être de mise du côté de l’opposition et du peuple.

 

Tino Kossi